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Un nouveau modèle de contagion sociale pour tenir compte des effets de groupe

Les processus de contagion sont à la base de phénomènes aussi importants que la diffusion de maladies infectieuses ou celle d’opinions, d’informations et de rumeurs. Ces processus sont donc étudiés depuis longtemps, en particulier par des modèles théoriques qui schématisent la réalité afin de pouvoir obtenir des prédictions qualitatives et quantitatives sur l’impact de ces phénomènes dans une société. Par exemple, la diffusion d’une maladie infectieuse comme la grippe est modélisée par le fait qu’un individu porteur de la maladie peut la transmettre à un individu sain lors d’un contact. Pour décrire la diffusion d’idées ou d’opinions dans les processus de contagion sociale, des modèles plus complexes sont généralement considérés, pour tenir compte du fait que l’adoption d’une idée peut nécessiter d’y être exposé plusieurs fois.
De façon générale, tous ces modèles de contagion considèrent comme élément de base des interactions entre deux personnes, et l’ensemble de ces interactions constitue le « réseau » d’interactions dans la population. Cependant, des interactions de groupe peuvent également jouer un rôle crucial : par exemple, il n’est pas équivalent de converser successivement avec deux amis ou ensemble avec les deux dans une discussion de groupe. Si ces deux amis essayent de vous convaincre d’acheter le dernier gadget à la mode, l’interaction en groupe peut résulter en un renforcement de leur capacité de persuasion.
C’est pour prendre en compte ces effets de groupe qu’une équipe internationale a proposé un nouveau modèle de contagion, dans un article publié dans la prestigieuse revue Nature Communications. Les auteurs proposent d’utiliser la notion mathématique de complexe simplicial, qui permet d’étendre le concept de réseau (formé par des interactions deux à deux) à des interactions de groupe : l’élément de base n’est plus une interaction entre deux individus mais une interaction entre un nombre arbitraire de personnes. Les auteurs ont pu montrer analytiquement et numériquement que ces effets de groupe peuvent changer radicalement la dynamique du processus de contagion. En particulier, la contagion d’une fraction de la population s’opère de manière beaucoup plus brutale et rapide qu’avec seulement des interactions entre paires. De plus, dans une certaine zone de paramètres, ce sont les conditions initiales qui déterminent si l’opinion (ou la rumeur) va se propager avec succès ou disparaitre : ceci explique qu’une masse critique initiale de personnes convaincues soit nécessaire pour qu’une idée se propage, comme cela a été montré empiriquement récemment.
Les chercheurs comptent maintenant étudier des données empiriques pour trouver des signatures validant leur modèle, et l’étendre à des processus de contagion de maladies infectieuses, pour lesquels l’impact de tels effets de groupe est encore inconnu.

Référence :

Iacopo Iacopini, Giovanni Petri, Alain Barrat, Vito Latora. Simplicial models of social contagion. Nature Communications 10 : 2485 (2019)
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