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Contre-exemples

La plupart des objets mathématiques auxquels nous avons tendance à penser de prime abord sont des exemples de variétés topologiques (avec ou sans bord), et, pour cette raison, il est bon de donner quelques exemples d'espaces topologiques qui ne sont pas des variétés. Considérez par exemple une croix (réunion de deux segments d'intersection réduite à un point); ce n'est pas une variété car le point situé à l'intersection des deux segments possède des voisinages en forme de croix, et une croix n'est jamais homéomorphe à un ouvert de tex2html_wrap_inline10037 . Le globe impérial est un objet qu'on pourrait penser à modéliser mathématiquement par une sphère (variété de dimension 2) sur laquelle on aurait collé une croix (réunion de deux segments) Cet espace n'est pas une variété pour deux raisons. La première vient du point d'intersection des deux branches de la croix (déjà vu) et la deuxième est analogue puisque le point ou on a collé la croix sur la sphère possède des voisinages qui ne sont homéomorphes ni à des ouverts de tex2html_wrap_inline10041 ni à des ouverts de tex2html_wrap_inline10043 .

Ces derniers exemples ne sont pas des variétés mais sont néanmoins obtenus par recollement de variétés... (CW complexes) Ils ne possèdent pas une dimension déterminée mais ont néanmoins une structure assez simple. On peut cependant faire bien pire... Les exemples d'espaces topologiques qui ne sont pas des variétés abondent (prenez par exemple des espaces topologiques qui ne sont pas de Haussdorf, c'est à dire qui possèdent des points qu'on ne peut pas séparer à l'aide d'ouverts disjoints). Il ne faudrait pas croire que les espaces qui ne sont pas des variétés n'ont pas d'intérêt mathématique ou physique, bien au contraire. En fait, la géométrie non commutative (dont nous ne parlerons pratiquement pas dans cet ouvrage) s'est développée en grande partie pour forger des outils permettant de ``calculer'' dans de tels espaces, espaces qui sont en fait complètement décrits par des algèbres associatives mais généralement non commutatives tex2html_wrap_inline10045 Par ailleurs, on sait que la description mathématique de la mécanique quantique repose sur l'utilisation des algèbres d'opérateurs, ce qui explique la raison pour laquelle les phénomènes physiques relevant de cette mécanique soient si peu intuitifs puisqu'il nous faut, dans ce cas, abandonner nos notions familières de géométrie ``commutative''. C'est à l'étude de cette géométrie commutative qu'est consacrée le présent ouvrage. Attention à la terminologie (mise en garde destinée au lecteur trop savant) : l'expression classique des théories de jauge non abéliennes ainsi que l'étude des groupes de Lie (en général non commutatifs), relèvent de la géométrie commutative! Le calcul différentiel - et la physique classique - se sont développés dans le cadre des variétés et c'est pourquoi nous commençons par là. La structure de variété topologique est d'ailleurs elle-même insuffisante pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions: Il nous faudra pouvoir différentier les fonctions un nombre de fois suffisant. Pour ce faire il nous faudra supposer que les variétés (en anglais manifolds) considérées ne sont pas ``froissées'': elles doivent être ``lisses'' (bien repassées!). Ce sont les variétés différentiables (en anglais smooth manifolds).


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Robert Coquereaux
Thu Jun 20 15:52:24 MEST 2002