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L'exemple de tex2html_wrap_inline25080

L'exemple qui nous venons de considérer montre bien que l'algèbre différentielle de De Rham, dont nous avons l'habitude, est loin d'être la seule possible, même dans le cadre commutatif, lorsqu'on veut définir un calcul différentiel. L'inconvénient de l'algèbre des formes universelles, c'est qu'elle est généralement très (trop) ``grosse'' et peu maniable...Cela dit, il est des cas, même commutatifs, où l'algèbre de De Rham n'est pas utilisable -- par exemple lorsque M n'est pas différentiable -- et il est bien pratique de pouvoir faire appel à la dernière construction. Un autre cas interessant est celui d'une variété M qui n'est pas connexe: on peut alors, bien sur, faire du calcul différentiel ``à la De Rham'' sur chaque composante connexe, mais, ce faisant, on perd de l'information, car les formes universelles non nulles du type tex2html_wrap_inline25086x et y appartiennent à deux composantes connexes distinctes n'ont aucune correspondance dans l'algèbre de De Rham. Pour illustrer ce phénomène, qui se trouve posséder une interprétation physique aussi bien inattendue que capitale, nous allons choisir l'exemple d'un espace non connexe extrêmement simple : celui fourni par la donnée de deux points. Dans ce cas, les 1-formes usuelles (celles de De Rham) n'existent pas. Par contre, on va pouvoir construire et utiliser l'algèbre des formes universelles tex2html_wrap_inline25094 .

Considérons donc un ensemble discret tex2html_wrap_inline25096 constitué de deux éléments que nous désignons par les lettres L et R (penser a Left et Right). Soit x la fonction coordonnée tex2html_wrap_inline25104 et y la fonction coordonnée tex2html_wrap_inline25108 . Remarque: xy=yx=0, tex2html_wrap_inline25112 and tex2html_wrap_inline25114tex2html_wrap_inline25116 est la fonction unité tex2html_wrap_inline25118 . Un élément quelconque de cette algèbre associative (et commutative) tex2html_wrap_inline25120 engendrée par x et y peut s'écrire tex2html_wrap_inline25126 (où tex2html_wrap_inline25128 et tex2html_wrap_inline25130 sont deux nombres complexes) et peut être représenté par une matrice diagonale tex2html_wrap_inline25132 . On peut écrire tex2html_wrap_inline25134 . L'algèbre est donc isomorphe à tex2html_wrap_inline25136 . Nous introduisons maintenant deux symboles tex2html_wrap_inline25138 , ainsi qu'une différentielle tex2html_wrap_inline25140 qui satisfait à tex2html_wrap_inline25142 , qui doit satisfaire à tex2html_wrap_inline25144 et à la règle habituelle de dérivation d'un produit (règle de Leibniz). Il est évident que tex2html_wrap_inline25146 , l'espace des différentielles de degré 1 est engendré par les deux quantités indépendantes tex2html_wrap_inline25150 and tex2html_wrap_inline25152 . En effet, la relation tex2html_wrap_inline25154 implique tex2html_wrap_inline25156 ; de plus, les relations tex2html_wrap_inline25158 and tex2html_wrap_inline25160 impliquent tex2html_wrap_inline25162 , donc tex2html_wrap_inline25164 and tex2html_wrap_inline25166 . Ceci impliqe également, par exemple, tex2html_wrap_inline25168 , tex2html_wrap_inline25170 , tex2html_wrap_inline25172 , tex2html_wrap_inline25174 etcPlus généralement, désignons par tex2html_wrap_inline25176 , l'espace des différentielles de degré p; les relations ci-dessus montrent qu'une base de cet espace vectoriel est fourni par les éléments tex2html_wrap_inline25180 . Posons tex2html_wrap_inline25182 et tex2html_wrap_inline25184 . L'espace tex2html_wrap_inline25186 est une algèbre: On peut multiplier les formes librement, mais il faut tenir compte de la règle de Leibniz, par example tex2html_wrap_inline25188 . Attention: l'algèbre tex2html_wrap_inline25190 est de dimension infinie, comme il se doit puisque p parcourt toutes les valeurs de 0 à l'infini. Bien entendu, la différentielle tex2html_wrap_inline25196 obéit à la règle de Leibniz lorsqu'elle agit sur les éléments de tex2html_wrap_inline25198 mais elle obéit à la règle de Leibniz graduée lorsqu'elle agit sur les éléments de tex2html_wrap_inline25200 , en l'occurence tex2html_wrap_inline25202tex2html_wrap_inline25204 désigne 0 ou 1 suivant que tex2html_wrap_inline25210 est pair ou impair.

Dans le cas particulier de la géométrie d'un ensemble à deux points, tex2html_wrap_inline25212 nous retrouvons le fait qu'un élément A de tex2html_wrap_inline25216 considéré comme fonction de deux variables doit obéir aux contraintes A(L,L)=A(R,R)= 0 et peut donc être écrit comme une matrice tex2html_wrap_inline25220 indexée par L et R dont les éléments non diagonaux sont nuls (``matrice hors diagonale''). Un élement F de tex2html_wrap_inline25228 peut être considéré comme fonction de trois variables obéissant aux contraintes F(L,L,R)=F(R,R,L)=F(L,R,R)=F(R,L,L)=F(R,R,R)=F(L,L,L)=0. Les deux seules composantes non nulles sont donc F(L,R,L) and F(R,L,R). Le fait que tex2html_wrap_inline25236 pour tout p suggère la possibilité d'utiliser des matrices de taille fixe (en l'occurence des matrices tex2html_wrap_inline25240 ) pour toutes valeurs de p. Ceci ne serait pas le cas pour une géométrie à plus de deux points. En effet, on peut aisément généraliser la construction précédente, par exemple en partant de trois points au lieu de deux. Mais dans ce cas, tex2html_wrap_inline25244 est de dimension 6 et tex2html_wrap_inline25248 de dimension 12. Avec q points, la dimension de tex2html_wrap_inline25254 est tex2html_wrap_inline25256 . Ce dernier résultat vient du fait que tex2html_wrap_inline25258 . On a donc tex2html_wrap_inline25260 .

Pour revenir au cas de la géométrie à deux points, nous voyons qu'il est possible de représenter tex2html_wrap_inline25262 comme une matrice diagonale tex2html_wrap_inline25264 et l'élément tex2html_wrap_inline25266 comme la matrice ``hors'' diagonale tex2html_wrap_inline25268 Autrement dit nous pouvons représenter les formes paires par des matrices paires (i.e. diagonales) et les formes impaires par des matrices impaires (i.e. ``hors'' diagonales); ceci est non seulement naturel mais obligatoire si on veut que la multiplication des matries soit compatible avec la multiplication dans tex2html_wrap_inline25270 . En effet, les relations

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montrent que cette representation utilisant des matrices tex2html_wrap_inline25274 est effectivement un homomorphisme d'algèbres tex2html_wrap_inline25276 graduées, de tex2html_wrap_inline25278 (gradué par la parité de p) dans l'algèbre des marices complexes tex2html_wrap_inline25282 (avec graduation tex2html_wrap_inline25284 associée avec la décomposition d'une matrice en une partie diagonale et hors diagonale). La présence du facteur i dans les matrices hors diagonales representant les éléments impairs est nécessaire pour que les deux types de produits soient compatibles. L'algèbre tex2html_wrap_inline25288 s'obtient en effectuant la somme directe des espaces vectoriels tex2html_wrap_inline25290 . Comme on l'a dit, l'algèbre tex2html_wrap_inline25292 est donc de dimension infinie mais si nous représentons toute l'algèbre tex2html_wrap_inline25294 à l'aide de matrices tex2html_wrap_inline25296 agissant sur un espace vectoriel fixé de dimension 2, la p-graduation est perdue et seule la graduation tex2html_wrap_inline25302 est conservée.

Nous verrons un peu plus loin qu'il est possible, en géométrie non commutative, de donner un sens à la notion de connexion. Dans le cas le plus simple, la forme de connexion A n'est autre qu'une forme de degré 1 appartenant à une algèbre différentielle tex2html_wrap_inline25308 associée à l'algèbre associative tex2html_wrap_inline25310 choisie. On verra que la courbure F, dans ce cas, peut également s'écrire comme tex2html_wrap_inline25314 .

Dans le cas présent, tex2html_wrap_inline25316 . Une forme de degré 1 est un élément de tex2html_wrap_inline25320 . Prenons tex2html_wrap_inline25322 . La représentation matricielle de A se lit donc

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La courbure correspondante est alors tex2html_wrap_inline25328 , mais tex2html_wrap_inline25330 et tex2html_wrap_inline25332 . F peut donc s'écrire aussi

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Nous pouvons choisir un produit hermitien sur tex2html_wrap_inline25338 en décidant que la base tex2html_wrap_inline25340 est orthonormale. Alors tex2html_wrap_inline25342 . Le lecteur familier des théories de jauge avec brisure de symmétrie reconnaitra ici un potentiel de Higgs   translaté tex2html_wrap_inline25344 . (voir figure 6.1).

   figure6809
Figure 6.1: Higgs potential tex2html_wrap_inline25348

Notre calcul différentiel, dans le cas présent, est commutatif, puisque l'algèbre des fonctions sur un espace à deux points est simplement l'algèbre des matrices diagonales tex2html_wrap_inline25350 avec des coefficients complexes (ou réels) mais notre calcul différentiel est, en un sens, ``non local'' puisque la ``distance'' entre les deux points étiquetés par L et R ne peut pas tendre vers zéro... Le lecteur aura sans doute remarqué que ces résultats peuvent s'interpréter en termes de champs de Higgs. Nous y reviendrons (exemple poursuivi en 6.2.4).


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Robert Coquereaux
Thu Jun 20 15:52:24 MEST 2002