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L'algèbre différentielle tex2html_wrap_inline25608

  La construction qui suit est un peu plus élaborée que les précédentes, en ce sens qu'elle utilise un plus grand nombre d'ingrédients. On a vu que la construction de l'algèbre des formes différentielle universelle tex2html_wrap_inline25610 était possible, pour une algèbre associative quelconque tex2html_wrap_inline25612 . L'algèbre différentielle tex2html_wrap_inline25614 , quant à elle, fait jouer un rôle particulier aux dérivations de tex2html_wrap_inline25616 (pour autand qu'elles existent). L'algèbre différentielle que nous allons présenter maintenant, et dont la construction est due à A. Connes, repose sur la donnée d'un ``triplet spectral'', donnée qui englobe, non seulement l'algèbre associative tex2html_wrap_inline25618 elle-même, mais également d'autres données qui peuvent être considérées comme le codage d'une structure riemanienne non commutative. Certains rappels et/ou constructions annexes sont nécessaires.

Dans l'approche traditionelle de la géométrie différentielle, on commence par se donner un espace M (on peut alors parler de l'algèbre des fonctions sur M), on le munit tout d'abord d'une topologie (on peut alors parler de l'algèbre tex2html_wrap_inline25624 des fonctions continues sur M), puis d'une structure différentiable (ce qui revient à choisir une sous-algèbre particulière tex2html_wrap_inline25628 incluse dans dans tex2html_wrap_inline25630 ), puis d'une structure riemanienne (choix d'une métrique), puis d'une structure spinorielle (si la variété le permet), on construit alors le fibré des spineurs, puis l'opérateur de Dirac relatif à la métrique choisie et agissant sur les champs de spineurs (sections du fibré des spineurs). Dans le cas d'une variété compacte et d'une métrique proprement riemanienne, on peut alors fabriquer un produit scalaire global et un espace de spineurs (l'espace tex2html_wrap_inline25632 des champs de spineurs de carré intégrable). Dans le cas où la variété est de dimension paire, on peut également décomposer cet espace de Hilbert en deux sous-espaces supplémentaires correspondant à des demi-spineurs de chiralités opposées, l'opérateur de Dirac allant d'un sous-espace à l'autre (on rappelle que cet opérateur anti-commute avec l'opérateur de chiralité).

Tout ceci est maintenant bien connu du lecteur (voir chapitres précédents). L'approche ``à la A. Connes'' [3] de la géométrie non commutative consiste à ``renverser la vapeur'' en écrivant tout ceci à l'envers, et sous forme algébrique (en utilisant des algèbres commutatives), puis de promouvoir l'essentiel de ces transcriptions au rang de définitions, en effaçant l'adjectif ``commutatif''.

La théorie se divise alors en deux : il existe un cas dit ``pair'' et un cas dit ``impair''. Nous allons simplement ébaucher la discussion du cas pair, cas qui généralise au cas non commutatif la géométrie associée à la donnée d'un opérateur de Dirac sur une variété de dimension paire. On se donne un triplet tex2html_wrap_inline25634 possédant les propriétés suivantes : tex2html_wrap_inline25636 est un espace de Hilbert tex2html_wrap_inline25638 gradué (l'opérateur de graduation est alors appelé opérateur de chiralité), tex2html_wrap_inline25640 est une algèbre associative munie d'une involution (*) et représentée fidèlement dans tex2html_wrap_inline25644 à l'aide d'opérateurs bornés pairs, et D est un opérateur auto-adjoint tel que les commutateurs tex2html_wrap_inline25648 soient bornés; on impose également à la résolvente tex2html_wrap_inline25650 d'être un opérateur compact.

Un tel triplet est appelé triplet spectral   mais on pourrait peut-être, de façon plus imagée, le désigner sous le nom d'espace riemanien quantique . Dans le cas de la géométrie commutative, tex2html_wrap_inline25652 coïnciderait avec la complexifiée de l'algèbre tex2html_wrap_inline25654 , tex2html_wrap_inline25656 avec l'espace de Hilbert tex2html_wrap_inline25658 des champs de spineurs de carré intégrable, et D avec l'opérateur de Dirac lui-même.

Dans le cas classique (commutatif), si on n'impose pas de propriété de compacité pour la résolvente de D, l'algèbre tex2html_wrap_inline25664 (qui est telle que les commutateurs de ses éléments avec D soient bornés) n'est autre que l'algèbre des fonctions Lipschitziennes sur M, c'est à dire celle dont les éléments sont tels que tex2html_wrap_inline25670 .

Dans ce cadre commutatif, il se trouve qu'il est en fait possible de retrouver la distance riemanienne d(x,y) entre deux points quelconques x et y de M à partir de ces données. En effet, on montre que

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Le concept de distance, qu'on relie d'habitude à un procédé de minimisation entre différents points est alors obtenu grâce à un procédé de maximisation pour les fonctions définies sur ces points.

Nous avons maintenant tout ce qu'il nous faut pour construire l'algèbre différentielle tex2html_wrap_inline25682 . Nous savons déjà construire l'algèbre des formes universelles tex2html_wrap_inline25684 . Soit tex2html_wrap_inline25686 , une n-forme universelle (un élément de tex2html_wrap_inline25690 ). Nous lui associons l'opérateur borné

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Il est facile de vérifier que cette application est une représentation de l'algèbre tex2html_wrap_inline25694 dans l'algèbre des opérateurs bornés sur l'espace de Hilbert tex2html_wrap_inline25696 (on se souvient que tex2html_wrap_inline25698 est, par hypothèse, représenté dans tex2html_wrap_inline25700 ). Ceci vient du fait que la dérivation d'algébre d est représentée par l'opération tex2html_wrap_inline25704 qui est elle-même une dérivation. La première est de carré nul, mais ce n'est malheureusement pas le cas de la seconde. En d'autres termes, la représentation tex2html_wrap_inline25706 n'est pas une représentation d'algèbre différentielle. Il est cependant facile de remédier à cela. Soit K le noyau de tex2html_wrap_inline25710 ; c'est un idéal de tex2html_wrap_inline25712 , puisque tex2html_wrap_inline25714 est une représentation d'algèbre. Mais K n'est pas en général un idéal différentiel : tex2html_wrap_inline25718 n'est pas dans K. On pose alors tex2html_wrap_inline25722 . Par construction J est alors un idéal différentiel. On pose alors

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Par construction, l'algèbre obtenue tex2html_wrap_inline25728 est bien une algèbre différentielle. On peut finalement la regraduer en considérant les intersections de tex2html_wrap_inline25730 avec l'algèbre universelle. La construction est donc achevée et on démontre que, dans le cas classique (où tex2html_wrap_inline25732 ), l'algèbre différentielle tex2html_wrap_inline25734 -graduée tex2html_wrap_inline25736 obtenue est isomorphe au complexe de De Rham tex2html_wrap_inline25738 , c'est à dire à l'algèbre des formes différentielles usuelles.

Nous n'irons pas plus avant dans cette direction. Le lecteur interessé pourra consulter une litérature plus spécialisée. Cela dit, il est peut-être important de signaler ici que les constructions mathématiques présentées dans cette section -- et même dans le présent chapitre -- sont souvent récentes, ce qui signifie que les définitions et constructions proposées n'ont peut être pas encore suffisemment bénéficié du mûrissement nécessaire. Cela ne signifie pas qu'elles sont erronées mais...elles n'ont peut être pas atteint le même degré de stabilité temporelle que les autres concepts présentés auparavant dans cet ouvrage.


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Robert Coquereaux
Thu Jun 20 15:52:24 MEST 2002