next up previous contents index
Next: Calcul différentiel non commutatif Up: Excursion au pays des Previous: Remarques et présentation générale

Topologie non commutative et théorie de la mesure non commutative

Nous avons déjà parlé de la transformation de Gelfand établissant une correspondance entre espaces topologiques compacts et tex2html_wrap_inline25746 -algèbres commutatives unitales (l'existence d'une unité est liée à l'hypothèse de compacité). On voit donc, en enlevant l'adjectif ``commutatif'' que la topologie non commutative n'est autre que l'étude des tex2html_wrap_inline25748 -algèbres non commutatives.

Passons à la théorie de la mesure. Classiquement, au lieu de démarrer avec un espace topologique M, on peut partir de l'algèbre C(M) des fonctions continues sur M et définir les mesures   (positives) comme les formes linéaires continues (positives) sur l'algèbre C(M), c'est à dire comme des fonctionelles tex2html_wrap_inline25758 telles que tex2html_wrap_inline25760 . La correspondance avec la notion élémentaire de mesure se fait grâce au théorème de Riesz, c'est à dire en écrivant tex2html_wrap_inline25762 . A partir de C(M), nous définissons les mesures; pour une mesure tex2html_wrap_inline25766 donnéee, nous pouvons fabriquer l'espace de Hilbert tex2html_wrap_inline25768 des fonctions de carré intégrable pour cette mesure. C(M) agit dans cet espace de Hilbert tex2html_wrap_inline25772 par multiplication: nous avons une représentation tex2html_wrap_inline25774 définie par tex2html_wrap_inline25776 , avec tex2html_wrap_inline25778 et tex2html_wrap_inline25780 . A partir de tex2html_wrap_inline25782 , nous pouvons fabriquer l'algèbre tex2html_wrap_inline25784 des fonctions mesurables essentiellement bornées sur M. Soit tex2html_wrap_inline25788 l'algèbre des opérateurs bornés sur tex2html_wrap_inline25790 . Rappelons que l'algèbre tex2html_wrap_inline25792 peut être construite comme le commutant de l'action tex2html_wrap_inline25794 de C(M) dans tex2html_wrap_inline25798

displaymath25800

La mesure tex2html_wrap_inline25802 peut alors être étendue à l'algèbre tex2html_wrap_inline25804 tout entière. Cette dernière algèbre possède la propriété remarquable d'être égale à son propre commutant dans tex2html_wrap_inline25806 (cette propriété permet caractérise précisemment un type de sous-algèbres de tex2html_wrap_inline25808 qu'on appelle algèbres de Von Neumann  ).

Tout ce qu'on vient de rappeler figure -- peut être dans un ordre différent -- dans un cours standard de théorie de la mesure. Le trait essentiel, dans la présentation qui précède est de ne pas faire intervenir les points de l'espace M. En recopiant tout ceci, mais en effaçant l'adjectif ``commutatif'', on peut alors inventer une version non commutative de la théorie de la mesure...Soit dit en passant, les physiciens théoriciens ont inventé la plupart de ces différents concepts, dans le cadre de la mécanique statistique quantique, bien avant qu'ils aient été formalisés par des mathématiciens! Reprenons donc rapidement ce qui précède, en partant d'une tex2html_wrap_inline25812 -algèbre non commutative tex2html_wrap_inline25814 , remplaçant la donnée de C(M). On définit les états   (ce sont précisemment des mesures non commutatives)  comme ci-dessus : un état tex2html_wrap_inline25818 est une forme linéaire positive continue sur tex2html_wrap_inline25820 , c'est à dire tex2html_wrap_inline25822 et tex2html_wrap_inline25824 . On peut supposer tex2html_wrap_inline25826 normé : tex2html_wrap_inline25828 . On construit alors un espace de Hilbert tex2html_wrap_inline25830 en définissant tout d'abord le produit scalaire tex2html_wrap_inline25832 sur l'espace tex2html_wrap_inline25834 lui-même (on n'a alors qu'une structure pre-Hilbertienne) puis en fabriquant l'espace de Hilbert correspondant (complété et séparé). Cette construction bien connue porte le nom -- en mathématiques non commutatives -- de construction GNS (Gelfand-Naimark-Segal) . Comme dans le cas commutatif, tex2html_wrap_inline25836 agit dans tex2html_wrap_inline25838 par multiplication, ce qui fournit une représentation tex2html_wrap_inline25840 de tex2html_wrap_inline25842 dans l'espace des opérateurs bornés tex2html_wrap_inline25844 . On considère alors tex2html_wrap_inline25846 , le bi -commutant de tex2html_wrap_inline25848 dans tex2html_wrap_inline25850 . Ce bi-commutant est une algèbre de Von Neumann (il est égal à son propre bi-commutant); c'est donc l'analogue non commutatif de tex2html_wrap_inline25852 . gif Rappel: lorsque tex2html_wrap_inline25862 est une algèbre d'opérateurs, tex2html_wrap_inline25864 , tex2html_wrap_inline25866 et tex2html_wrap_inline25868 sont d'ordinaire différents, mais tex2html_wrap_inline25870 . La dernière étape consiste à étendre la définition de l'état tex2html_wrap_inline25872 à l'algèbre de Von Neumann tex2html_wrap_inline25874 tout entière (on a évidemment tex2html_wrap_inline25876 ).

La théorie que l'on vient d'ébaucher est à la base de très nombreux développements, aussi bien en mathématiques (théorie des facteurs), qu'en physique (mécanique quantique statistique des systèmes avec nombre fini ou infini de degrés de liberté). Notre but, comme nous l'avions anoncé plus haut, n'était que d'attirer l'attention du lecteur sur le parallèle évident existant entre ces deux théories : théorie de la mesure (en fait mesures de Radon) et théorie des algèbres de Von Neumann; l'un étant en quelque sorte la généralisation non commutative de l'autre.


next up previous contents index
Next: Calcul différentiel non commutatif Up: Excursion au pays des Previous: Remarques et présentation générale

Robert Coquereaux
Thu Jun 20 15:52:24 MEST 2002