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Variétés riemaniennes (propriétés élémentaires)

En toute logique, cette section ne devrait pas se trouver dans ce premier chapitre consacré aux variétés différentielles. En effet, la définition de la structure de variété riemanienne est liée à un cas particulier de restriction d'espace fibré (les espaces fibrés font l'objet du chapitre 4). Cela dit, pour des raisons à la fois historiques et pédagogiques, il est sans doute préférable que le lecteur se familiarise d'ores et déjà avec certaines propriétés des variétés riemaniennes.

En géométrie élémentaire, on étudie d'abord les propriétés linéaires et affines et on passe, ensuite, aux notions métriques. Il en va de même dans l'étude des variétés. Une variété différentiable est encore un objet flasque et mou... la donnée d'une métrique rigidifie l'espace considéré et permet, d'une part, de parler de norme des vecteurs tangents et, d'autre part, de parler de distances entre points. La définition élémentaire d'une métrique g, sur une variété différentiable M, est la suivante : c'est un champ de tenseurs covariants symétriques de degré deux (en général on impose également une condition de non dégénérescence). Si tex2html_wrap_inline12756 désigne un système de coordonnées locales, on écrira

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La métrique g est quelquefois notée tex2html_wrap_inline12762 et appelée ``élément de longueur'' ou tenseur métrique . Si tex2html_wrap_inline12764 est un co-repère mobile, on pourra écrire également tex2html_wrap_inline12766 . En tout point P de M on a donc un produit scalaire tex2html_wrap_inline12772 défini sur tex2html_wrap_inline12774 et permettant de calculer le produit scalaire tex2html_wrap_inline12776 de deux vecteurs quelconques v et w appartenant à l'espace tangent en ce point. On a déjà dit que g devait être symétrique (c'est-à-dire tex2html_wrap_inline12784 , ou tex2html_wrap_inline12786 ). Dans la plupart des cas, on impose également à g d'être non dégénérée : le déterminant de la matrice tex2html_wrap_inline12790 est supposé non nul en tout point P et on peut donc inverser cette matrice. On obtient ainsi tex2html_wrap_inline12794 avec tex2html_wrap_inline12796 . Cela définit un produit scalaire sur l'espace cotangent qu'on pourra noter tex2html_wrap_inline12798 (et quelquefois tex2html_wrap_inline12800 ) et même parfois g s'il n'y a pas d'ambiguï té):

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Une variété différentiable munie d'une métrique (non dégénérée) est, par définition, une variété riemanienne . Nous n'avons pas imposé au produit scalaire défini par tex2html_wrap_inline12806 d'être positif et nous ne l'imposerons pas. En général, une forme bilinéaire symétrique est caractérisée par sa signature (p, q) - le nombre de signes + (p) et de signes - (q) obtenus lorsqu'on la diagonalise. Si on tient à préciser que la signature est de type (p, 0) ou (0,p), on dira que la variété est proprement riemanienne. Si on tient à préciser que la signature est de type (p, 1) ou (1,p), on dira que la variété est lorentzienne (on dit aussi, dans ce dernier cas, que la signature est hyperbolique). Les cas riemaniens et lorentziens sont particulièrement importants en physique mais nous n'avons pas besoin de nous restreindre à ce cadre pour l'essentiel de ce qui suit.

tex2html_wrap_inline12822 Pour une variété riemanienne (M, g) orientée, on peut définir une forme de volume canonique    de la façon suivante. Soit tex2html_wrap_inline12826 un repère mobile orthonormal, c'est-à-dire tex2html_wrap_inline12828 , avec tex2html_wrap_inline12830 , le signe tex2html_wrap_inline12832 dépendant de la signature de la métrique. Pour l'instant nons pouvons supposer que l'espace est proprement riemannien, et orienté, mais à la fin de cette section, nous verrons comment compléter les propriétés qui suivent lorsque la signature de la métrique est quelconque, et plus particulièrement lorsqu'elle est hyperbolique. Désignant par tex2html_wrap_inline12834 le co-repère dual du repère mobile choisi, l'élément de volume riemanien est

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Soit tex2html_wrap_inline12838 un autre repère, non nécessairement orthonormal, et tex2html_wrap_inline12840 la matrice de passage, c'est-à-dire tex2html_wrap_inline12842 . Alors tex2html_wrap_inline12844 , ce qui implique

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mais tex2html_wrap_inline12848 puisqu'on a supposé la base tex2html_wrap_inline12850 orthonormale et donc

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Or

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Ainsi gif

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où le symbole tex2html_wrap_inline12864 désigne tex2html_wrap_inline12866 suivant que tex2html_wrap_inline12868 est une permutation paire ou impaire de tex2html_wrap_inline12870 et il est égal à zéro dans les autres cas.

En particulier, si tex2html_wrap_inline12872 désigne un repère naturel tex2html_wrap_inline12874 , on a tex2html_wrap_inline12876 et

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Notons également que, dans un repère orthonormé, la racine carrée précédente vaut 1 et donc tex2html_wrap13062 En particulier tex2html_wrap_inline12884 .

tex2html_wrap_inline12886 La métrique g permet également d'établir un isomorphisme canonique entre l'espace tangent T M et l'espace cotangent tex2html_wrap_inline12892 . Cette propriété est évidente puisqu'en chaque point, l'existence d'un produit scalaire permet d'identifier les espaces vectoriels tex2html_wrap_inline12894 avec tex2html_wrap_inline12896 . En d'autres termes, on peut ``monter'' et ``descendre'' les indices à l'aide de la métrique : au vecteur tex2html_wrap_inline12898 on associe la 1-forme tex2html_wrap_inline12900 définie par tex2html_wrap13064 ( tex2html_wrap_inline12904 désignant la base duale de tex2html_wrap_inline12906 ). Inversement, à la 1-forme tex2html_wrap_inline12908 on associe le vecteur tex2html_wrap_inline12910 avec tex2html_wrap13066 . On peut écrire tex2html_wrap_inline12914 et tex2html_wrap_inline12916 . Les isomorphismes tex2html_wrap_inline12918 et tex2html_wrap_inline12920 sont appelés isomorphismes musicaux (pour des raisons évidentes !) .Cela dit, les physiciens choisissent en général une métrique une fois pour toutes et décident donc de passer sous silence ces isomorphismes musicaux. En d'autres termes, ils identifient v et tex2html_wrap_inline12924 ainsi que tex2html_wrap_inline12926 et tex2html_wrap_inline12928 et écrivent tout simplement tex2html_wrap_inline12930 ou tex2html_wrap_inline12932 . Pour des raisons analogues ils écrivent tex2html_wrap_inline12934 (mais il faut bien entendu se rappeler que tex2html_wrap_inline12936 est la matrice inverse de tex2html_wrap_inline12938 . Les isomorphismes musicaux permettent, de la même façon, d'identifier les tenseurs covariants et contrevariants de même rang . Attention, lorsqu'on n'utilise pas de métrique pour monter ou baisser les indices, il n'y a pas de raison de faire attention à la position relative des indices covariants et contravariants (par exemple, on peut parler de tex2html_wrap_inline12940 sans dire s'il s'agit de tex2html_wrap_inline12942 , de tex2html_wrap_inline12944 ou de tex2html_wrap_inline12946 ). Les trois types de composantes correspondent d'ailleurs des objets différents puisque on travaille, suivant les cas, dans tex2html_wrap_inline12948 , tex2html_wrap_inline12950 ou tex2html_wrap_inline12952 . Par contre, si on utilise la métrique pour procéder à des identifications, il faut faire attention aux positions relatives des indices haut et bas! Ainsi, par exemple, tex2html_wrap_inline12954 désignera tex2html_wrap_inline12956 . Tout ceci est assez trivial, mais peut être fallait-il le dire une fois ?

Lorsqu'on a choisi une métrique, on écrira donc abusivement (sans utiliser la notation tex2html_wrap_inline12958 et tex2html_wrap_inline12960 ), par exemple tex2html_wrap_inline12962

Les isomorphismes musicaux sont quelquefois simplement désignés par le même symbole g que la métrique elle même, le nombre d'arguments permettant de décider si on parle des isomorphismes en question ou de la métrique. Par exemple, on peut noter tex2html_wrap_inline12966 et tex2html_wrap_inline12968 . Ceci est en accord avec les notations précédentes puisque par exemple tex2html_wrap_inline12970 .

Avec ces notations, nous avons alors tex2html_wrap_inline12972 .

tex2html_wrap_inline12974 L'existence d'une métrique permet non seulement de calculer le produit scalaire de deux vecteurs (ou de deux 1-formes) mais de contracter n'importe quel tenseur d'ordre k covariant, contrevariant ou partiellement covariant et contrevariant avec n'importe quel autre tenseur d'ordre k. On utilisera encore la notation tex2html_wrap_inline12982 pour écrire ces contractions de type assez général. Plutôt que de décrire les différents cas, il suffit de dire, en termes imagés, qu'on ``monte'' tous les indices du premier à l'aide de la métrique, qu'on ``descend'' tous les indices du second et qu'on contracte complètement les objets obtenus. Par exemple, si tex2html_wrap_inline12984 et tex2html_wrap_inline12986 on fabrique tex2html_wrap_inline12988 et tex2html_wrap_inline12990 . On peut alors calculer tex2html_wrap_inline12992 . En particulier, si tex2html_wrap_inline12994 désignent une famille de 1-formes et tex2html_wrap_inline12996 en désigne une autre, on peut vérifier que cette définition conduit à

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Dans le sous-cas particulier où ces deux familles coï ncident et où on suppose la famille tex2html_wrap_inline13000 orthonormée, il vient

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tex2html_wrap_inline13004 Lorsque la signature de la métrique n'est pas proprement riemannienne, c'est à dire lorsqu'elle est de type (p,q), il faut supposer que la variété admet une orientation temporelle et qu'elle est temporellement orientée. Dans le cas usuel de l'espace-temps de la physique (signature (3,1)), on utilisera des indices 0,1,2,3, comme c'est l'usage, plutôt que 1,2,3,4; on posera alors

displaymath13014

La différence avec le cas proprement euclidien vient du fait qu'il faut faire attention aux signes lorsqu'on ``monte'' les indices. Par ailleurs, tex2html_wrap_inline13016 . Les formules précédentes restent donc valables et on aura toujours, par exemple,

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mais par contre

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Plus généralement, nous avons vu que tex2html_wrap_inline13022 , mais si on ``monte'' ces indices (à l'aide de la métrique) le résultat va dépendre de la signature, plus particulièrement du nombre q de signes ``-'' dans la métrique. On obtient donc

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Citons quelques contractions utiles:

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Lorsque la variété est lorentzienne, avec une signature de type (3,1), on obtient en particulier

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tex2html_wrap_inline13040 Pour terminer, notons que l'existence d'une métrique permet d'associer à la différentielle df d'une fonction f, un champ de vecteurs, le gradient  de f défini par tex2html_wrap_inline13048 . Ainsi, dans un repère naturel, on écrira

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Encore une fois, la présente section consacrée aux variétés riemaniennes n'est destinée qu'à introduire certaines notations utiles et quelques notions élémentaires. Nous reviendrons plus en détail sur les variétés riemaniennes à la fin du chapitre consacré aux connexions.


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Robert Coquereaux
Thu Jun 20 15:52:24 MEST 2002