En toute logique, cette section ne devrait pas se trouver dans ce premier chapitre consacré aux variétés différentielles. En effet, la définition de la structure de variété riemanienne est liée à un cas particulier de restriction d'espace fibré (les espaces fibrés font l'objet du chapitre 4). Cela dit, pour des raisons à la fois historiques et pédagogiques, il est sans doute préférable que le lecteur se familiarise d'ores et déjà avec certaines propriétés des variétés riemaniennes.
En géométrie élémentaire, on étudie d'abord les
propriétés linéaires et affines et on passe, ensuite, aux
notions métriques. Il en va de même dans l'étude des
variétés. Une variété différentiable est encore un objet
flasque et mou... la donnée d'une métrique rigidifie l'espace
considéré et permet, d'une part, de parler de norme des vecteurs
tangents et, d'autre part, de parler de distances entre points. La
définition élémentaire d'une métrique
g, sur une variété différentiable
M, est la suivante : c'est un champ de tenseurs covariants
symétriques de degré deux (en général on impose également une condition
de non dégénérescence). Si
désigne un système de coordonnées locales, on écrira
La métrique g est quelquefois notée
et appelée ``élément de
longueur'' ou tenseur métrique . Si
est un co-repère mobile, on pourra écrire
également
. En tout point
P de
M on a donc un produit scalaire
défini sur
et permettant de calculer le produit scalaire
de deux vecteurs quelconques
v et
w appartenant à l'espace tangent
en ce point. On a déjà dit que
g devait être symétrique (c'est-à-dire
, ou
). Dans la plupart des cas, on impose également à
g d'être non dégénérée : le déterminant de la matrice
est supposé non nul en tout point
P et on peut donc inverser cette matrice. On obtient ainsi
avec
. Cela définit
un produit
scalaire sur l'espace cotangent qu'on pourra noter
(et quelquefois
) et même parfois g s'il n'y
a pas d'ambiguï té):
Une variété différentiable munie d'une métrique (non
dégénérée) est, par définition, une
variété riemanienne .
Nous n'avons pas imposé au produit scalaire défini par
d'être positif et nous ne l'imposerons pas. En
général, une forme bilinéaire symétrique est
caractérisée par sa signature
(p, q) - le nombre de signes
+ (p) et de signes
- (q) obtenus lorsqu'on la diagonalise.
Si on tient à préciser que la signature est de type
(p, 0) ou (0,p), on dira que la variété est proprement riemanienne. Si
on tient à préciser que la signature est de type
(p, 1) ou (1,p), on dira que la variété est lorentzienne (on dit
aussi, dans ce dernier cas, que la signature est hyperbolique). Les
cas riemaniens et lorentziens sont particulièrement importants en
physique mais
nous n'avons pas besoin de nous restreindre à ce cadre pour
l'essentiel de ce qui suit.
Pour une variété riemanienne
(M, g) orientée, on peut définir une forme de volume canonique
de la façon suivante. Soit
un repère mobile orthonormal, c'est-à-dire
, avec
, le signe
dépendant de la signature de la métrique. Pour l'instant nons pouvons supposer que l'espace est proprement riemannien, et orienté, mais
à la fin de cette section, nous verrons comment compléter les propriétés qui suivent lorsque la signature de la métrique est quelconque, et plus particulièrement lorsqu'elle est hyperbolique.
Désignant par
le co-repère dual du repère mobile choisi, l'élément de volume riemanien est
Soit
un autre repère, non nécessairement
orthonormal, et
la matrice de passage, c'est-à-dire
.
Alors
, ce qui implique
mais
puisqu'on a
supposé la base
orthonormale et donc
Or
où le symbole
désigne
suivant que
est une
permutation paire ou impaire de
et il est égal à
zéro dans les autres cas.
En particulier, si
désigne un repère naturel
, on a
et
Notons également que, dans un repère orthonormé, la racine carrée
précédente vaut 1 et donc
En particulier
.
La métrique
g permet également d'établir un isomorphisme canonique entre
l'espace tangent
T M et l'espace cotangent
. Cette propriété est évidente puisqu'en chaque point,
l'existence d'un produit scalaire permet d'identifier
les espaces vectoriels
avec
. En d'autres termes, on peut ``monter'' et ``descendre'' les
indices à l'aide de la métrique : au vecteur
on associe la 1-forme
définie par
(
désignant la base duale de
). Inversement, à la 1-forme
on associe le vecteur
avec
. On peut écrire
et
. Les isomorphismes
et
sont appelés isomorphismes musicaux (pour des raisons
évidentes !) .Cela dit, les physiciens choisissent en général
une métrique une fois pour toutes et décident donc de passer
sous silence ces isomorphismes musicaux. En d'autres termes, ils
identifient
v et
ainsi que
et
et écrivent tout simplement
ou
. Pour des raisons
analogues ils écrivent
(mais il faut bien entendu se rappeler que
est la matrice inverse de
.
Les isomorphismes
musicaux permettent, de la même façon, d'identifier les
tenseurs covariants et contrevariants de même rang . Attention, lorsqu'on
n'utilise pas de métrique pour monter ou baisser les indices, il n'y a pas
de raison de faire attention à la position relative des indices
covariants et
contravariants (par exemple, on peut parler de
sans dire
s'il s'agit de
, de
ou de
). Les trois types de composantes correspondent
d'ailleurs des objets différents puisque on travaille, suivant les
cas, dans
,
ou
. Par contre, si on utilise la métrique
pour procéder à des identifications, il faut faire attention aux
positions relatives des indices haut et bas! Ainsi, par exemple,
désignera
. Tout ceci
est assez trivial, mais peut être fallait-il le dire une fois ?
Lorsqu'on a choisi une métrique, on écrira
donc abusivement (sans utiliser la notation
et
), par exemple
Les isomorphismes musicaux sont quelquefois simplement désignés
par le même symbole
g que la métrique elle même, le nombre d'arguments permettant
de décider si on parle des isomorphismes en question ou de la
métrique. Par exemple, on peut noter
et
. Ceci est en accord avec les notations
précédentes puisque par exemple
.
Avec ces notations, nous avons alors
.
L'existence d'une métrique permet non seulement de calculer le
produit scalaire de deux vecteurs (ou de deux 1-formes)
mais de contracter
n'importe quel tenseur d'ordre
k covariant, contrevariant ou partiellement covariant et
contrevariant avec n'importe quel autre tenseur d'ordre
k. On utilisera encore la notation
pour
écrire
ces contractions de type assez général.
Plutôt que de décrire les différents cas, il suffit de dire,
en termes imagés, qu'on ``monte'' tous les indices du premier à
l'aide de la métrique, qu'on ``descend'' tous les indices du second
et qu'on contracte complètement les objets obtenus. Par exemple, si
et
on fabrique
et
. On peut alors calculer
. En
particulier, si
désignent une
famille de 1-formes et
en désigne une autre, on
peut vérifier que cette définition conduit à
Dans le sous-cas particulier où ces deux familles coï ncident et
où on suppose la famille
orthonormée, il vient
Lorsque la signature de la métrique n'est pas proprement riemannienne, c'est à dire lorsqu'elle est de type (p,q), il faut supposer que la variété admet une orientation temporelle et qu'elle est temporellement orientée.
Dans le cas usuel de l'espace-temps de la physique (signature (3,1)), on utilisera des indices 0,1,2,3, comme c'est l'usage, plutôt que 1,2,3,4; on posera alors
La différence avec le cas proprement euclidien vient du fait qu'il faut faire attention aux signes lorsqu'on ``monte'' les indices. Par ailleurs,
.
Les formules précédentes restent donc valables et on aura toujours, par exemple,
mais par contre
Plus généralement, nous avons vu que
, mais si on
``monte'' ces indices (à l'aide de la métrique) le résultat va
dépendre de la signature, plus particulièrement du nombre q de
signes
``-'' dans la métrique. On obtient donc
Citons quelques contractions utiles:
Lorsque la variété est lorentzienne, avec une signature de type (3,1), on obtient en particulier
Pour terminer, notons que l'existence d'une métrique permet d'associer
à la différentielle df d'une fonction f, un champ de vecteurs, le
gradient de f défini par
.
Ainsi, dans un repère naturel, on écrira
Encore une fois, la présente section consacrée aux variétés riemaniennes n'est destinée qu'à introduire certaines notations utiles et quelques notions élémentaires. Nous reviendrons plus en détail sur les variétés riemaniennes à la fin du chapitre consacré aux connexions.